De la servitude au service

"Les Noces de Cana" - Icรดne slave du 14รจme siรจcle (Decanie en Serbie)
ยซย Les Noces de Canaย ยป – Icรดne slave du 14รจme siรจcle
(Decanie en Serbie)

Avant-propos

Actuellement, nos sociรฉtรฉs vivent une รฉpoque oรน le service, ร  travers les technologies de la communication, est omniprรฉsent. Quelle en est l’origine ? Quel en est le sens rรฉel et le dรฉfi pour l’รฉvolution de l’รชtre humain ?
Dans un premier temps, aprรจs avoir dรฉfini ce qu’est le service, nous rechercherons le sens de son archรฉtype dans les ร‰vangiles, qui recรจlent une sagesse destinรฉe ร  guider l’รชtre humain sur son chemin d’รฉvolution.
Ensuite nous survolerons l’histoire de la servitude et de la libertรฉ au fil des grandes pรฉriodes afin de comprendre en quoi notre passรฉ a positionnรฉ le service ร  une place cruciale dans notre รฉconomie actuelle. En effet, le systรจme รฉconomique d’une รฉpoque reflรจte oรน en est l’รฉvolution de l’humanitรฉ dans son incarnation sur terre, et par consรฉquent dans sa relation ร  Dieu.
Dans la Bible, il est dit que Dieu ร  crรฉรฉ l’homme ร  son image. Puis, Dieu a fait chuter l’homme sur terre pour qu’il apprenne ร  devenir autonome par rapport au monde divin, au risque mรชme d’oublier sa nature divine.
En prenant du recul, nous aurons une vision holistique de l’รฉvolution de l’humanitรฉ, ร  l’heure oรน notre civilisation vit un tournant majeur de son histoire. Nous verrons le formidable chemin dรฉjร  parcouru par l’รชtre humain, pour s’affranchir des lois de la matiรจre, et sortir de la dichotomie matรฉriel-spirituel, afin de gagner, non plus sa vie, mais sa libertรฉ, par le service et le don de soi, et reprendre ainsi le chemin vers sa source divine, grandi, et crรฉateur ร  l’image de Dieu.

Sommaire

Dรฉfinition et รฉtymologie
Le sens sacrรฉ du service dans les ร‰vangiles
De la servitude au service, au fil des รฉpoques
โ€ข Chasse-cueillette
โ€ข Agriculture-รฉlevage (de – 1300 ร  1700)
โ€ข Industrie-commerce (de 1700 ร  2000)
โ€ข Crรฉation-communication (de 2000 ร  ?)
Comment libรฉrer l’esprit ?
En conclusion
Bibliographie

Dรฉfinition et รฉtymologie

Le mot ยซย servirย ยป vient du verbe latin servire (รชtre esclave). Le mot servus a donnรฉ en franรงais le mot serf. Le verbe franรงais servir a formรฉ, les noms ยซย servantย ยป et ยซย servanteย ยป. ยซย Serviteurย ยป a รฉtรฉ tirรฉ du latin servitor.ย ยป 1
Servir signifie : ยซย s’acquitter de certains devoirs, de certaines fonctions envers quelqu’un, une collectivitรฉยซย . 2
Le sens de l’esclavage, de la contrainte ou de l’obligation est trรจs prรฉsent dans l’origine du mot ยซย servirย ยป.
Le mot ยซย serviceย ยป se dรฉfinit ainsi 2:
– ensemble des obligations qu’ont les citoyens envers lโ€™ร‰tat, une communautรฉ ;
– travail dรฉterminรฉ effectuรฉ pour leur compte,
– ce que l’on fait pour รชtre utile ร  quelqu’un.
Le sens du mot ยซย serviceย ยป attรฉnue le sens de ยซย servirย ยป, car le service apparaรฎt comme un travail que l’on doit ร  quelqu’un. On y trouve aussi la notion de bรฉnรฉvolat, dans le sens de ยซย rendre serviceย ยป, รชtre utile ร  quelqu’un.
Au sens รฉconomique du terme, l’activitรฉ de service recouvre tout ce qui donne lieu ร  prestation, apportรฉe grรขce ร  une forte ยซย valeur ajoutรฉe humaineย ยป, quelle soit manuelle ou intellectuelle, et sans qu’il y ait nรฉcessairement ร  transformer de la matiรจre premiรจre, ou le cas รฉchรฉant, trรจs peu.
Le service est classรฉ dans le secteur tertiaire de l’รฉconomie, le secteur secondaire รฉtant l’industrie de transformation et le commerce, et le secteur primaire : l’agriculture et l’รฉlevage.

Le sens sacrรฉ du service dans les ร‰vangiles

ยซย Savoir bien servir, c’est avoir des titres ร  รชtre maรฎtreย ยป.
(Pubilius Syrus, 1er siรจcle avant J-C)


โ€ข Dans les ร‰vangiles, Marie est la premiรจre personne ร  se mettre au service du divin alors qu’elle dit ร  Gabriel, lors de l’Annonciation :
-ยซย Je suis la servante du Seigneur, qu’il m’advienne selon ta parole.ย ยป (Luc 1,38)
โ€ข Ensuite, Marie, lors de sa Visitation ร  ร‰lisabeth, annonce qu’elle attend Jรฉsus en prononรงant les phrases merveilleuses et poรฉtiques du Magnificat :
– ยซย Mon รขme exalte le Seigneur, et mon esprit jubile ร  cause de Dieu, mon Sauveur. Car il a jetรฉ les yeux sur son humble servante.ย ยป (Luc 1, 46-56)
โ€ข Il y a aussi Marthe, la sล“ur de Marie-Madeleine, qui symbolise le service en s’occupant de rendre agrรฉable la vie pratique du Christ et de ses disciples :
-ยซย Quant ร  Marthe, elle รฉtait absorbรฉe par tout ce qui touchait au service.ย ยป (Luc, X, 38-42)
โ€ข A l’รฉpoque du Christ, l’esclavage existait encore chez certains peuples, et les sociรฉtรฉs fonctionnaient beaucoup avec des serviteurs ou des domestiques. Dans la symbolique, nous retrouvons dans les Noces de Cana des serviteurs qui remplissent six jarres d’eau, afin que le Christ transforme l’eau en vin, car le vin venait ร  manquer pendant la noce (voir image ci-dessus). Outre l’aspect utilitaire du service oรน Marie s’occupe d’ordonnancer la fรชte, il faut voir le sens du miracle fait par le Christ et la symbolique du service dans cette scรจne :

ยซย Et comme le vin faisait dรฉfaut, la mรจre de Jรฉsus lui dit :
– ยซย Ils n’ont pas de vin.ย ยป (โ€ฆ)
Or il y avait posรฉs lร , six vases de pierre destinรฉs ร  puiser l’eau pour le rite de purification des Juifs ; chacun avait une contenance de deux ou trois mesures. Jรฉsus leur dit :
– ยซย Remplissez d’eau ces vases !.ย ยป
Et ils les remplirent jusqu’au bord. Il leur dit alors :
-ยซย A prรฉsent, puisez et portez au maรฎtre de cรฉrรฉmonie!ย ยป
Ils en portรจrent. (โ€ฆ) Le maรฎtre de cรฉrรฉmonie goรปta l’eau devenue vin, alors qu’il ne savait pas d’oรน il venait ; mais les serviteurs qui avaient puisรฉ l’eau le savaient
ยซย . (Jean, II, 18-11)ย ยป

L’acte de transformer de l’eau en vin symbolise l’intรฉriorisation des connaissances, par la vie intรฉrieure, au moyen de la pensรฉe. Ceci permet d’acquรฉrir, de saisir en soi son individualitรฉ, sa part spirituelle. Cela revient ร  dire cette phrase de sagesse : ยซย Connais-toi toi-mรชme et tu connaรฎtras le monde.ย ยป
Dans cette action, les serviteurs sont eux-mรชmes co-acteurs, avec le Christ, de cette transformation. Ils savent ce qui s’est passรฉ : ยซย les serviteurs qui avaient puisรฉ l’eau le savaientยซย . Ils connaissent la vรฉritรฉ, pour l’avoir vue par eux-mรชmes.
Leur rรดle est symbolique pour notre civilisation car ils nous enseignement quelle sera la mission et la responsabilitรฉ de l’รชtre humain. Pour gagner sa libertรฉ (intรฉrieure) basรฉe sur la foi de son vรฉcu, l’รชtre humain devra accรฉder ร  la vรฉritรฉ et ร  la connaissance par lui-mรชme, de sorte que l’รชtre travaille sa pensรฉe (reprรฉsentรฉ par le Christ qui remue le vin dans la scรจne) afin d’accรฉder ร  la vรฉritรฉ.
ยซย Vous connaรฎtrez la Vรฉritรฉ, et la Vรฉritรฉ vous rendra libresย ยป.(Jean 8,32)

Les noces de Cana posent l’enjeu et le dรฉfi du tournant de notre civilisation. L’รชtre humain est seul ร  choisir son futur, en utilisant son libre-arbitre : facilitรฉ ou effort? รฉgoรฏsme ou fraternitรฉ ? mensonge ou vรฉritรฉ ? asservissement ou service ? Le choix, c’est maintenant.
โ€ข Le service suprรชme est incarnรฉ par Christ lui-mรชme, le jour du jeudi Saint, dans le Cรฉnacle, lors du lavement des pieds. Avant de procรฉder au repas Pascal, le Christ lave les pieds de ses disciples. Pierre refuse de voir son Maรฎtre s’abaisser pour le servir ! Ici, le Christ montre aux disciples ce qu’ils doivent faire ร  leur prochain : se mettre ร  leur portรฉe. Il leur donne son dernier commandement :
ยซย Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimรฉsยซย . (Jean 13,34).
C’est l’amour du prochain qui doit motiver leurs actes empreints de simplicitรฉ et d’humilitรฉ. Dieu, ร  travers Christ, s’abaisse pour servir l’รชtre humain. L’รชtre humain qui l’imite est digne du Christ, donc il est digne du monde divin.
โ€ข Par la suite, les disciples, devenus apรดtres pour รฉvangรฉliser et annoncer la bonne nouvelle de la rรฉsurrection, se sont mis รฉgalement au service de leur plus grand idรฉal, que le Christ leur a rรฉvรฉlรฉ.

En conclusion, les ร‰vangiles sont, dans tous domaines, la mรฉmoire, le mode d’emploi de la sagesse et de la vie enseignรฉ par le Christ, afin que les รชtres humains n’oublient pas totalement le divin, et qu’il gardent une certaine moralitรฉ dans leur vie, ร  mesure que leur รฉvolution les รฉloignera, pour un temps, de Dieu.

De la servitude au service, au fil des รฉpoques

ยซย Les sociรฉtรฉs possรจdent une habiletรฉ dรฉmoniaque pour donner ร  l’individu
l’impression qu’il est libre, alors qu’elles l’ont arrachรฉ ร  son sort.ย ยป
(Michel Bassand)

Chaque รฉpoque est nommรฉe par le secteur รฉconomique rรฉpondant aux besoins dominants qui la caractรฉrise, ce qui ne veut pas dire pour autant que les autres secteurs disparaissent. Chaque nouvelle รฉpoque fait apparaรฎtre une avancรฉe notoire, qui vient s’ajouter ร  l’รฉvolution humaine. Les besoins dominants des รฉpoques prรฉcรฉdentes, finissent par s’estomper, en tant que besoin vital.

โ€ข Chasse-cueillette

Au dรฉbut de son histoire sur terre, l’homme avait pour premiรจre prรฉoccupation de se nourrir. Tout รฉtranger รฉtait un danger potentiel pour la rรฉserve de nourriture, donc un ennemi qu’il fallait dรฉtruire. La force physique (par la violence) รฉtait indispensable pour se dรฉfendre et survivre. Il n’y avait pas de peuple, mais des petits groupes d’hommes : c’รฉtait la loi du plus fort, comme dans la jungle.
En rรฉsumรฉ, durant ces 30 000 ans, l’รฉvolution humaine semble trรจs lente, le temps nรฉcessaire qu’il lui a fallu pour apprendre ร  se grouper par famille (avec la consanguinitรฉ que cela gรฉnรจre), puis par tribu, avec un patriarche ร  sa tรชte.
En 30 000 ans, plusieurs civilisations se sont suivies, jusqu’aux รฉgyptiens et aux grecs avec des spiritualitรฉs polythรฉistes qui ont donnรฉ les mythes que nous connaissons, et qui prรฉparรจrent l’รฉpoque suivante. Les รชtres humains se reliaient aux Dieux ร  travers des rites paรฏens, via le chamanisme, ร  l’aide des sacrifices animaux, voire humains, etc.

โ€ข Agriculture-รฉlevage (de – 1300 ร  1700)

Ensuite, trouvant des terres dotรฉes d’une nature fertile, l’homme avait comme souci majeur de s’approprier ces terres, pour prendre soin de la nature et des animaux, afin de pรฉrenniser ses ressources. Des tribus ont crรฉรฉ leurs territoires pour s’abriter et se nourrir. Elles ont voulu ensuite protรฉger le territoire et son peuple (issu de la mรชme famille). Le pouvoir et la soumission sur autrui ont diminuรฉ la violence physique.
Aprรจs la propriรฉtรฉ fonciรจre est apparue la propriรฉtรฉ de l’รชtre humain ร  travers l’esclavage. D’ailleurs, l’esclave รฉtait attachรฉ ร  son maรฎtre et ร  la terre, jusqu’au Moyen ร‚ge (le seigneur et le serf). La tribu est devenue royaume, avec un monarque dotรฉ du pouvoir divin (au dรฉbut de l’รฉpoque).

Le milieu de cette pรฉriode de 3 000 ans a รฉtรฉ marquรฉe par la venue du Christ, incarnรฉ en Jรฉsus. Sa mort puis sa rรฉsurrection ont prouvรฉ que l’รชtre humain sera capable un jour de transcender la matiรจre et la mort s’il arrive ร  dรฉpasser sa dรฉpendance aux sens et aux besoins physiques, et donc son attachement ร  la terre.
Dans cette pรฉriode Agriculture-รฉlevage, l’รชtre humain compense sa dรฉpendance ร  la terre en asservissant d’autres รชtres humains, dans le but d’amรฉliorer ses conditions de vie. Il s’identifie aux besoins physiques en oubliant qu’il provient du divin et que son esprit divin le diffรฉrencie non seulement des autres rรจgnes, mais aussi des autres รชtres humains.

Le commerce existait pour permettre les รฉchanges (par la monnaie). Grรขce ร  cela, il fรปt possible d’amasser des richesses et des biens. Entre l’an 1000 et 1300 environ le commerce a connu (particuliรจrement en Europe) l’รขge d’or des villes et des marchands : les surplus agricoles prirent le chemin des foires. Les Vikings danois et suรฉdois, contrairement ร  ce qui est รฉcrit dans la plupart des livres d’histoire, n’รฉtaient pas que des barbares envahisseurs : ils รฉtaient avant tout des commerรงants. Il parvinrent ร  s’implanter en Europe et particuliรจrement au Nord-Ouest de la France, devenu aujourd’hui la Normandie. Ils participรจrent largement au dรฉveloppement commercial de l’รฉpoque.

C’est ร  la fin de la pรฉriode, vers 1000 – 1300 que le capitalisme vit le jour ร  Venise, mรฉtropole du commerce. Le rapport ร  l’argent se mit ร  changer, il est devenu davantage source de pouvoir et de convoitise. En tant que la valeur d’รฉchange, une somme d’argent reprรฉsentait une valeur de marchandise issue d’un travail humain.
La tentation de l’argent facile dรฉconnectรฉ de la valeur et du travail est apparue lorsque l’homme a voulu que l’argent travaille ร  sa place en touchant des intรฉrรชts. C’est pourquoi les banquiers Templiers (12รจme siรจcle) en leur temps, recommandaient de ne pas verser d’intรฉrรชt sur les dรฉpรดts, car cela impliquait qu’un autre travaille ร  la place pour les payer (comment l’argent pourrait-il travailler tout seul ?!). Cela asservissait l’agriculteur ou l’artisan qui empruntait dans le cadre de son mรฉtier, en ayant pour effet de le faire travailler davantage pour payer les intรฉrรชts ร  verser ร  l’รฉpargnant.
Thomas d’Aquin, en 1265 ouvrit malgrรฉ lui une brรจche oรน s’engouffrรจrent le commerce et le crรฉdit, lorsque qu’il traita du sujet dans sa Somme thรฉologique (article 4) :
ยซย Le commerce est licite quand un homme se propose d’employer le gain modรฉrรฉ qu’il recherche ร  soutenir sa famille ou ร  venir en aide aux indigents ; ou encore quand il fait du commerce pour l’utilitรฉ sociale, afin que sa partie ne manque pas du nรฉcessaire; sans doute il recherche le gain mais comme prix de son travail et non comme une finยซย .

Ensuite, trouvant des terres dotรฉes d’une nature fertile, l’homme avait comme souci majeur de s’approprier ces terres, pour prendre soin de la nature et des animaux, afin de pรฉrenniser ses ressources. Des tribus ont crรฉรฉ leurs territoires pour s’abriter et se nourrir. Elles ont voulu ensuite protรฉger le territoire et son peuple (issu de la mรชme famille). Le pouvoir et la soumission sur autrui ont diminuรฉ la violence physique.
Aprรจs la propriรฉtรฉ fonciรจre est apparue la propriรฉtรฉ de l’รชtre humain ร  travers l’esclavage. D’ailleurs, l’esclave รฉtait attachรฉ ร  son maรฎtre et ร  la terre, jusqu’au Moyen ร‚ge (le seigneur et le serf). La tribu est devenue royaume, avec un monarque dotรฉ du pouvoir divin (au dรฉbut de l’รฉpoque).

Le commerce รฉtait donc autorisรฉ si l’intention รฉtait moralement bonne, ce qui conforta la bonne conscience de ceux qui prรฉtendent faire ล“uvre utile en faisant du profit. L’honneur รฉtait saufโ€ฆ En voulant moraliser la relation ร  l’argent, concernant le commerce qui peut donner l’impression de gagner de l’argent sans travailler, il s’est produit l’effet inverse : l’homme a commencรฉ ร  se mentir ร  lui-mรชme pour se donner bonne conscience en se mettant ร  spรฉculer, et en s’en remettant ร  son nouveau Dieu : le capitalโ€ฆ
Il commenรงa aussi ร  conquรฉrir de nouveaux territoires (Christophe Colomb) et de nouvelles richesses : le Nouveau Monde a enrichi l’Ancien, l’or et l’argent des Amรฉriques ont dynamisรฉ l’รฉconomie du Vieux Continent. Parallรจlement, des famines et la pauvretรฉ dans le peuple se sont accrus au point de fomenter la Rรฉvolutionโ€ฆ(4) Ce fรปt la prรฉparation de l’รฉpoque suivante.

En rรฉsumรฉ, ces 3 000 ans nous ont appris ร  nous organiser, ร  vivre en citรฉ et ร  adoucir nos conditions de vie grรขce aux รฉchanges : le temps s’est accรฉlรฉrรฉ. Mรชme s’il s’ouvre davantage aux autres (grรขce au commerce), l’รชtre humain reste encore trรจs centrรฉ sur ses besoins individuels. En 3 000 ans l’esclavage apparaรฎt puis disparaรฎt avec la Rรฉvolution (pour rรฉapparaรฎtre temporairement sous Napolรฉon).
Au cours de ces 3000 ans, avec la venue du Christ, la spiritualitรฉ polythรฉiste, dont il nous reste les mythes, est devenue majoritairement monothรฉiste. Le Christ a aboli les sacrifices animaux, bien que ceux-ci subsistent dans certaines religions. Les religions sont apparues, en tant qu’intermรฉdiaires pour aider l’รชtre humain ร  se relier ร  Dieu.
L’รชtre humain a commencรฉ ร  percevoir son identitรฉ propre, ses diffรฉrences, son individualitรฉ. Les noms de famille (souvent des noms de mรฉtier, qui existent encore ร  notre รฉpoque) ont fait leur apparition, ร  la place du nom de lieu oรน vit le peuple.

โ€ข Industrie-commerce (de 1700 ร  2000)

Nous avons vu l’รฉvolution humaine s’accรฉlรฉrer, ร  partir du 18รจme siรจcle, le siรจcle des Lumiรจres, qui marqua la fin de l’รขge de Fer et le dรฉbut de l’รจre matรฉrialiste. Cela a commencรฉ avec la Rรฉvolution Franรงaise et les Droits de l’homme, qui proclament l’รชtre humain libre d’agir et de penser. La monarchie fait place ร  la dรฉmocratie.
Concernant le progrรจs technique, le fait le plus symbolique de ce tournant a รฉtรฉ marquรฉ par Denis Papin, qui ยซย inventa l’eau chaudeย ยป, la machine ร  vapeur, laquelle donna naissance ร  la locomotive ร  vapeur, ce qui contribua ร  la rรฉvolution des transports, donc au dรฉveloppement du commerce.
Vendre les rรฉcoltes n’รฉtait plus la prรฉoccupation dominante du moment : l’homme commenรงa ร  associer son gรฉnie ร  la nature en apprenant ร  transformer ce qui provient de la nature : minerais, nourriture animale et vรฉgรฉtale.
Antoine de Montchrestien (prรฉcurseur de Colbert) proclama :
ยซย Comment lutter contre la pauvretรฉ et la dรฉlinquance? en crรฉant des entreprises.ย ยป
Le progrรจs technique bouleversa la vie des individus : le 18รจme siรจcle, prospรจre et apaisรฉ, fut celui du bonheur et de la foi dans les capacitรฉs illimitรฉes de l’homme.
Le 19รจme siรจcle vit naรฎtre en Angleterre et s’imposer en Europe une rรฉvolution sans prรฉcรฉdent : le fer et le charbon devinrent les moteurs de l’activitรฉ รฉconomique. Mais l’industrialisation n’est pas forcรฉment synonyme de prospรฉritรฉ. La croissance รฉconomique s’accรฉlรฉra au prix d’une prolรฉtarisation d’une grande partie des actifs (y compris les enfants) qui quittรจrent le monde rural pour vivre le taylorisme (ou travail ร  la chaรฎne). La consumรฉrisme naquit.
Jules Mรฉline, au moment de l’Exposition universelle รฉcrivit :
ยซย Sans doute des besoins nouveaux surgiront, de nouveaux consommateurs viendront au monde qui voudront prendre place au banquet de la vie, et, pour les satisfaire, il faudra une production plus abondante.ยซย 
Mรฉline avait vu justeโ€ฆ L’erreur de Karl Marx fut de s’opposer au capitalisme en voulant constituer le prolรฉtariat en classe rรฉgnante. De nos jours, la civilisation occidentale se cherche pour crรฉer une nouvelle sociรฉtรฉ civile en passant par la loi des extrรชmes.

Le 20รจme siรจcle, aprรจs les guerres mondiales, reprรฉsente le ยซย bonheur รฉconomiqueย ยป avec ses ยซย 30 glorieusesย ยป : nous sommes les spectateurs des crises les plus graves du systรจme capitaliste, et paradoxalement, les populations du monde entier n’ont cessรฉ de s’enrichir.
Cependant, chaque jour, l’รฉcart se creuse entre le petit nombre de grosses fortunes et les milliards de pauvres, par le phรฉnomรจne de la mondialisation qui accroรฎt l’exploitation des pays pauvres (le Sud) par les pays riches (le Nord) ; en polluant l’air et l’eau, en dรฉlocalisant les entreprises, en faisant travailler des enfants pour 5 francs par mois dans des conditions lamentables etc.
Nous les occidentaux, contribuons ร  asservir les pauvres en achetant des produits pas cher ยซย made in India, China, Taรฏwan, etc.ย ยป
D’ailleurs, depuis 1945, les ร‰tats-Unis dรฉtiennent les trois quarts de l’or mondial. New York est devenu le centre du monde. L’objet culte de notre fin de siรจcle, c’est finalement le chariot de la mรฉnagรจre occidentale, regorgeant de biens terrestresโ€ฆ 4
L’esclavage a รฉtรฉ aboli. Pourtant nous entendons parler l’esclavage moderne, qui n’est pas seulement celui auquel nous pensons et dont il est question dans les mรฉdias (traite des blanches, proxรฉnรฉtisme, exploitation etc.)
Au-delร  de la contrainte par corps, il existe la contrainte par l’esprit. L’insรฉcuritรฉ par rapport au changement de civilisation fait se maintenir l’individu lui-mรชme dans l’esclavage, par la soumission ร  une autoritรฉ qui va le guider. L’asservissement commence dรจs le plus jeune รขge, ร  travers notre รฉducation (familiale, scolaire, etc.). Les phรฉnomรจnes sectaires, les dictatures largement dรฉcrits dans les mรฉdias sont des caricatures de la contrainte par l’esprit ou par le corps.

Tout ceci n’est pourtant que l’arbre qui cache la forรชt. Au-delร  du pouvoir รฉtatique, il existe un pouvoir bien plus sournois et bien plus puissant, c’est le contrรดle occulte de la pensรฉe, que l’on appelle inconscience collective, pensรฉe unique etc. dirigรฉe par les grands lobbies financiers que sont les multinationales, les banques etc. en utilisant notamment les mรฉdias et les nouvelles technologies pour manipuler l’รชtre humain consommateur.

Une รฉducation ร  la passivitรฉ ne cesse, ร  tous les niveaux, de dรฉsarmer [ les gens ]. Du plus jeune enfant ร  l’entrepreneur quinquagรฉnaire, les modรจles d’adaptation et de soumission au monde-tel-qu-il-est, pรฉnรฉtrant profondรฉment l’intรฉrioritรฉ du citoyen, assurent la pรฉrennitรฉ du ยซย systรจmeย ยป. Le rythme [des informations] est ici fondamental puisqu’il donne l’illusion d’รชtre en prise sur un monde en mouvement ; il est aussi redoutable, puisqu’il asservit le consommateur fascinรฉ, qui craint toujours plus ou moins de manquer le maillon de la chaรฎne qui le dรฉconnecterait de l’รฉpoque. Manquer l’actuel, ce serait manquer le rรฉel. Un long jour oรน ยซ il ne se passe rien ยป est aussi triste qu’un grand Frigidaire, videโ€ฆ
La grande peur des mรฉdias est que les consommateurs ยซ se dรฉbranchent ยป. C’est alors que se jouent les grands ยซ รฉvรฉnements ยป qui, propices en rebondissements, les tiennent en haleine.

(De la soumission dans les tรชtes, par Franรงois Brune)5

Aujourd’hui, nous arrivons au statu quo : un regain de citoyennetรฉ montre de nouvelles prises de conscience pour aller vers une troisiรจme voie :

La vraie citoyennetรฉ est dรฉsormais europรฉenne. Voici en effet le type de slogan qui nous le prouve, lancรฉ fin 1998: ยซJe suis en Europe, donc je pense en euro. ยป Ce ยซ donc ยป รฉminemment cartรฉsien vaut vraiment son pesant de soumission ร  l’ordre financier. En voici un autre (mai 1999) ยซ En Europe, aujourd’hui, voter c’est exister. ยป (โ€ฆ). Celui-ci, ร  la vรฉritรฉ, en enfermant l’existence citoyenne dans la minceur d’un vote sans pouvoir, avait de quoi dรฉmoraliser tout militant dรฉsireux d’agir sur l’Europe.
(De la soumission dans les tรชtes, par Franรงois Brune)5

En attendant d’รฉvoluer vers une sociรฉtรฉ citoyenne et responsabilisante comme alternative, des leaders se mobilisent pour dรฉnoncer ces abus qui maintiennent la population sous l’autoritรฉ d’un petit nombre ร  des fins peu avouables de pouvoir et de profit. Par des actes symboliques, ils suscitent des prises de conscience sur notre monde qui ne tourne plus rond, au-delร  des apparences. Ils ont le mรฉrite d’utiliser les mรฉdias pour sortir de temps ร  autre le public de cette boulimie de dรฉsinformation qui l’anesthรฉsie sans qu’il n’ait jamais ร  se poser de questions.

C’est ainsi que les manifestations de Seattle ont conduit ร  l’รฉchec les nรฉgociations de l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce), dont le but รฉtait de fixer entre les ร‰tats des rรจgles de fonctionnement รฉconomiques dans le seul intรฉrรชt des lobbies financiers et des multinationales, les individus n’รฉtant ร  leurs yeux, qu’une masse productrice et surtout consommatrice. Cette action ร  Seattle a donc permis une grande prise de conscience du public quant ร  son รฉtat de consommateur esclave : l’individu croรฎt รชtre libre, en rรฉalitรฉ, il n’a que le droit de consommer.
Nous vivons dans une dรฉmocratie oรน les hommes au pouvoir sont en rรฉalitรฉ ร  la solde de ces financiers qui gouvernent le monde. C’est que l’on appelle la culture Mac Worldโ€ฆ ou mondialisation, dont le but est de tout uniformiser : consommation, culture, loisirs etc. de sorte que l’individu ne soit, justement plus individualisรฉ, diffรฉrent des autres, c’est ร  dire : lui-mรชme.
L’exemple le plus rรฉcent est l’autorisation de la Commission Europรฉenne de cultiver des OGM (Organismes Gรฉnรฉtiquement Modifiรฉs) en Europe, au nez et ร  la barbe des syndicats agricoles, alors que personne ne connaรฎt encore les consรฉquences de ces manipulations gรฉnรฉtiques sur la santรฉ de l’รชtre humain. Il faut savoir que les politiques, aux USA comme en Europe sont sous l’influence des multinationales, puisque celle-ci financent leurs partis politiques.
Dรฉnoncer ces abus est donc fondamental pour les prises de conscience, mais suivre des lanceurs d’alerte ne suffit pas si rien n’est construit par ailleurs. Il s’agit de proposer autre chose sans pour autant imposer un pouvoir de substitutionโ€ฆ

En rรฉsumรฉ, ces 300 ans ont apportรฉ une rรฉvolution de notre monde sans prรฉcรฉdent, en terme d’รฉvolutions scientifiques, technologiques, mรฉdiatiques, financiรจres etc. qui agissent en synergie, fait totalement nouveau, et qui ont pour consรฉquence d’avoir un effet exponentiel, oรน l’homme parfois n’arrive plus ร  maรฎtriser ce qu’il a lui-mรชme crรฉรฉ. La machine mue par une intelligence artificielle risque-t-elle de dominer l’humanitรฉ ?
En parallรจle, durant ces 300 ans, les religions ont fini par perdre de leur puissance, particuliรจrement depuis le dรฉbut du siรจcle ou lโ€™ร‰glise a รฉtรฉ sรฉparรฉe de lโ€™ร‰tat. Soit parce que les รชtres humains, identifiรฉs ร  la matiรจre ont oubliรฉ Dieu, soit parce qu’ils veulent se relier ร  Dieu par eux-mรชmes, sans passer par l’intermรฉdiaire d’une รฉglise ou d’un temple. Certains mรชme compensent ce besoin de sagesse en remplaรงant, grรขce aux mรฉdias, la connaissance par l’information.

Le temple, la foi sont dรฉsormais intรฉrieurs. C’est le sens prophรฉtique des Noces de Cana oรน l’รชtre humain (le serviteur de Dieu) fait librement l’effort de servir, de verser l’eau dans les jarres, car il sait : il s’ouvre pour accueillir la source de vie divine, la connaissance qu’il fait mรปrir (la prรฉsence de Marie reprรฉsente le principe maternel). Le Christ, c’est ร  dire le monde divin, remue cette eau vivante, il participe ร  cette maturation (principe masculin). L’eau se transforme alors en vin grรขce ร  cette collaboration de l’รชtre humain avec le divin : l’รชtre humain accรจde ainsi ร  la vรฉritรฉ.

En rรฉsumรฉ, la sagesse par ce processus d’individuation, devient vรฉritรฉ, qui fait de l’รชtre humain un homme libre, car il ne dรฉpend plus d’aucun dogme : sa vรฉritรฉ provient de son vรฉcu intรฉrieur, et de ses propres efforts. C’est ainsi qu’il libรจre son esprit. Les serviteurs remplissent les jarres avec de l’eau transformรฉe en vin. Ensuite, les serviteurs servent cette eau transformรฉe en vin aux convives de la noce: cet acte de transformation n’est pas fait pour รชtre gardรฉ mais pour รชtre partagรฉ, offert aux autres. Les Noces de Cana peuvent donc reprรฉsenter, d’un point de vue spirituel, la pรฉriode de transition actuelle que vit notre civilisation et le chemin qu’elle a ร  prendre, pour une civilisation plus fraternelle.

โ€ข Crรฉation-communication (de 2000 ร  ?)

Comme tout changement, le passage d’une รจre ร  l’autre insรฉcurise face au futur, au nouveau, et provoque naturellement des rรฉsistances au changement chez tout individu. Le progrรจs se trouve souvent installรฉ, voire imposรฉ ร  l’humain avant qu’il n’ait eu le temps de s’y prรฉparer d’un point de vue รฉthique ou moral.
Dans l’รฉpoque Crรฉation-communication, l’humanitรฉ a rendez-vous avec son futur. L’รชtre humain s’est libรฉrรฉ de l’esclavage physique, il lui reste ร  libรฉrer son esprit. L’รฉconomie de service devrait amener les individus ร  se donner grรขce ร  l’expression leur crรฉativitรฉ, (pas seulement dans l’art) qu’ils offriront ร  l’humanitรฉ. C’est le sens profond du don de soi : nous offrons aux autres ce pour quoi nous sommes douรฉs, le don divin que nous avons reรงu en naissant, et que nous avons rรฉvรฉlรฉ ร  nous mรชmes. C’est le sens rรฉel de la crรฉativitรฉ, du vrai travail qui se donne, sans salaire. Ce don est le rรฉsultat de ce que nous avons sacrifiรฉ d’รฉgoรฏste en nous-mรชmes. Nous agissons librement, non par devoir mais par amour, en apportant notre pierre ร  l’รฉdifice de l’humanitรฉ. C’est le service que nous lui rendons.

En ce sens, nous pouvons dire : ยซย Un service vaut ce qu’il coรปteย ยป (Victor Hugo, l’homme qui rit).

Le service vaut ce qu’il nous coรปte comme sacrifice de ce qui ne sert que notre intรฉrรชt personnel.
Le gรฉnie humain (qui procรจde du divin) se manifeste dans tous les domaines (sciences, biotechnologie, industrie) oรน souvent, le pire cรดtoie le meilleur.
L’individu cherche ร  se libรฉrer des contraintes physiques en amรฉliorant ses conditions de vie sur terre (confort matรฉriel), voire ร  trouver un paradis artificiel sur terre. Il ne fait qu’augmenter son bonheur matรฉriel (durรฉe de vie, santรฉ, travail, argent, consommation, dรฉsirs, loisirs) sans pour autant libรฉrer son esprit, car il reste trรจs attachรฉ aux sensations du corps physique qui lui donnent l’illusion de vivre. En dรฉcouvrant la composition du gรฉnome humain, les scientifiques jouent ร  l’apprenti sorcier et imitent Dieu, jusqu’ร  se prendre pour Dieu, en se prouvant qu’ils sont capables de crรฉer la vie (clonage, modification des gรจnes, etc.).

Globalement, nous sommes passรฉs ร  l’รจre de la sociรฉtรฉ de l’information alors que nous sommes encore dans une logique de marketing stratรฉgique de ยซย make maximum profitย ยป au lieu d’รชtre dans une logique de marketing ยซย make better worldย ยป3. Notre sociรฉtรฉ vit les prรฉmices du passage de l’รจre du Commerce-industrie ร  lโ€™รˆre de la Crรฉation-communication, avec tous ses paradoxes :

S’il y a une chose qu’a compris tout salariรฉ d’une entreprise, c’est que celle-ci est un systรจme hiรฉrarchique. Un chef, des vassaux, des serfs. Pour la rรฉmunรฉration, le principe est la prรฉdation. Le chef se sert, puis les vassaux, puis les serfs. Le magnifique systรจme des stock-options est parfaitement fรฉodal.
(La bourse ou la vie, par Philippe Labarde et Bernard Maris – Ed. Albin Michel) 6

Notre sociรฉtรฉ nous apprend ร  passer de l’รฉconomie rรฉelle ร  la nouvelle รฉconomie, ร  travers les nouvelles technologies de communication (ordinateur personnel, Internet, tรฉlรฉphones mobiles, e-commerce, jeux vidรฉo, virtuel, etc.), secteur d’activitรฉ oรน les salariรฉs sont payรฉs en actions (ou stock-options) de la sociรฉtรฉ qui les emploie. Des salariรฉs actionnaires sont donc payรฉs en monnaie de singe, avec des actions boursiรจres hautement spรฉculatives donc trรจs risquรฉes.

Est-ce cela la troisiรจme voie ? Une รฉconomie de service et de communication fondรฉe sur les รฉchanges virtuels (marchands ou non), sur une libertรฉโ€ฆ virtuelle, oรน le commerce se fait avec un marketing d’accroche agressive via les bandeaux publicitaires de l’Internet.
Ou bien est-ce une รฉconomie fraternelle basรฉe sur l’รฉchange de valeurs tant matรฉrielles que morales et sur de vraies relations ?

Bien sรปr, il ne sert ร  rien de rejeter d’emblรฉe ces avancรฉes technologiques fantastiques. Il s’agit d’รชtre prudent quant aux rรฉcupรฉrations inรฉvitables qu’elles peuvent susciter. Le dรฉfi est de les utiliser comme des moyens mis ร  la disposition de l’รชtre humain, et jamais comme une fin en soi.
Le scรฉnario catastrophe serait d’รชtre dominรฉs par la pensรฉe, en devenant ร  l’extrรชme, esclaves d’une intelligence artificielleโ€ฆ comme dans le film ยซย Matrixย ยป8. A la vitesse oรน va le progrรจs en ce dรฉbut de 3รจme millรฉnaire, la rรฉalitรฉ finit parfois par dรฉpasser la fiction.

ยซย On domine d’autant mieux que le dominรฉ en demeure inconscient. Les colonisรฉs et leurs oppresseurs savent que la relation de domination n’est pas seulement fondรฉe sur la suprรฉmatie de la force. Passรฉ le temps de la conquรชte, sonne l’heure du contrรดle des esprits. C’est pourquoi, sur le long terme, pour tout empire dรฉsirant durer, le grand enjeu consiste ร  domestiquer les รขmesย ยป.
(L’Amรฉrique dans les tรชtes, par Ignacio Ramonet.)7

Comment libรฉrer l’esprit ?

Nous pouvons prendre le modรจle des Noces de Cana : d’abord en transformant soi-mรชme sa maniรจre de penser, en repensant soi-mรชme tout ce qui nous a รฉtรฉ inculquรฉ, pour arriver ร  toucher par soi-mรชme sa propre vรฉritรฉ qui s’inclut elle-mรชme dans une sorte de vรฉritรฉ universelle faite de bon sens, oรน dans un รฉlan du cล“ur, l’intรฉrรชt personnel est supplantรฉ par l’intรฉrรชt gรฉnรฉral : collectivitรฉ, sociรฉtรฉ, humanitรฉ etc.
Nous transformons ainsi les choses de l’intรฉrieur, que nous pouvons ensuite mettre en pratique au quotidien en apportant une conscience morale lร  oรน chacun se trouve. Cela implique d’oser individualiser nos actes, donc de nous diffรฉrencier de la majoritรฉ pensante, tout en respectant la libertรฉ d’autrui et ses valeurs propres, sans pour autant nous renierโ€ฆ
En osant nous individualiser, nous nous dรฉtachons nรฉcessairement des autres, de l’affectif, de l’appartenance ร  un groupe qui fonctionne sur des rรจgles de vie communes.
Vivre l’individualisation nรฉcessite un apprenti-sage, de l’entraรฎnement et de l’humilitรฉ, car bien sรปr, nous n’y parvenons pas du jour au lendemain. Nous faisons des erreurs, des maladresses. Et il faut beaucoup de courage, de foi et de persรฉvรฉrance (sous peine d’abandon) pour vivre au dรฉpart une sorte d’isolement par rapport aux autres.
En nous individualisant, nous participons ร  transformer le monde de l’intรฉrieur : nous ne sommes plus en opposition, mais nous montrons en quelque sorte l’exemple; en exprimant notre รฉthique morale. Notre รฉlan du cล“ur ainsi manifestรฉ, s’il est sincรจre et profond, est une sorte de tรฉmoignage vivant qui rรฉveille et touche au plus profond ceux qui sont habitรฉs inconsciemment par le mรชme idรฉal : libรฉrer son Je-esprit, rรฉvรฉler au monde qui il est profondรฉment.
En choisissant d’agir ce que notre cล“ur veut, nous sommes bien au-delร  d’une sorte de devoir qui nous ferait agir par obligation. Nous ne le faisons pas pour faire plaisir ร  un leader (religieux, syndical ou autre) ou parce que nous partageons les mรชmes idรฉaux que lui. Le leader est nรฉanmoins nรฉcessaire pour montrer le chemin. Uniquement le montrer.
Dans le film Matrix, Morphรฉus guide Nรฉo et il lui dit :
ยซย Je peux t’aider ร  libรฉrer ton esprit. Je peux te montrer la porte. Mais toi seul peut dรฉcider de la franchir. ย ยป et il ajoute : ยซย Il y a une diffรฉrence entre connaรฎtre le chemin et arpenter le chemin.ยซย 8
Ainsi, nous ne servons jamais quelqu’un, ni quelque autoritรฉ, mais notre propre idรฉal, qu’un leader peut d’ailleurs lui-mรชme incarner, parmi d’autres.
Nous choisissons d’agir ainsi parce que nous avons identifiรฉ une partie de nous, qui n’appartient ร  personne d’autre. C’est en soi, et il est donc naturel de manifester ce que l’on est. Nous le faisons librement, parce que c’est notre รฉthique, c’est une part nous-mรชmes, nous la vivons, nous la transpironsโ€ฆ
Ainsi, nous nous relions ร  Dieu en nous, et servons notre Je-Christ : en famille, au travail, dans notre vie quotidienne, ainsi que dans notre faรงon de consommer.
ยซย Choisir, c’est renoncerยซย .
En faisant cela nous sacrifions quelque chose : un dรฉsir รฉgoรฏste, un profit personnel, du temps, de l’argent, un petit bout de notre bonheur artificielโ€ฆ
Nous passons ainsi des valeurs matรฉrielles รฉgoรฏstes aux valeurs morales universelles, c’est ร  dire ร  la valorisation du gรฉnie humain, dont la source est purement divine.

En conclusion

En observant avec recul l’histoire de notre รฉvolution, le temps semble s’accรฉlรฉrer. Les รฉvolutions majeures se sont faites en 30 000 ans, puis 3 000 ans, puis 300 ans, puisโ€ฆ 30 ans ?
En rรฉalitรฉ, depuis la venue du Christ pendant l’รฉpoque des 3 000 ans, ce n’est pas le temps qui s’est accรฉlรฉrรฉ, mais l’รฉvolution humaine.
Le phรฉnomรจne a commencรฉ ร  se manifester ร  la Renaissance, le meilleur exemple en a รฉtรฉ Lรฉonard de Vinci, ce gรฉnie inspirรฉ et visionnaire, qui apporta les prรฉmices de ce que furent les dรฉcouvertes scientifiques de la fin du 2รจme millรฉnaire. Maintenant, il s’agit d’accepter la rapiditรฉ de l’รฉvolution, sans en voir peur et ni la subir, mais au contraire en l’utilisant pour donner du temps au temps ร  ce qui est essentiel. Le tout est de ne pas s’identifier aux inventions qui ne sont que des moyens au service de l’รชtre humain et non l’inverse.
Dans cet รฉtat d’esprit, le travail ยซย mรฉcaniqueย ยป, sans valeur ajoutรฉe humaine, pourrait รชtre laissรฉ aux machines. Alors, le temps disponible ne servirait plus seulement ร  s’รฉvader dans des loisirs qui servent d’exutoire au travail obligatoire. Il serait utilisรฉ au maximum pour permettre ร  l’individu de se rรฉvรฉler. Il ne serait plus question de parler du travail dans un sens pรฉjoratif de devoir ou de contrainte.
Car le travail ne serait plus obligatoire (gagner sa vie pour se nourrir, se loger, se vรชtir et se divertir). L’individu ne travaillerait plus pour un salaire, ni pour ยซย gagner sa vieย ยป, mais pour apporter sa pierre ร  l’รฉdifice de la sociรฉtรฉ, tout en trouvant son propre รฉpanouissement. L’argent qu’il gรฉnรฉrerait ne serait plus qu’une consรฉquence et non un but. Il mesurerait simplement le niveau de valeur ajoutรฉe apportรฉe aux autres, ร  la sociรฉtรฉ, ร  l’humanitรฉ.
Ce faisant, il รฉveillerait chez autrui un รฉmerveillement, une sensibilitรฉ pour ce qui รฉmane de l’esprit divin qu’il partage. Il deviendrait lui-mรชme source de crรฉativitรฉ, de divertissement. Ainsi, l’individu se rรฉvรฉlant, rendrait service ร  lui-mรชme puis aux autres.
L’รฉthique fondamentale de l’รชtre humain crรฉateur au service d’autrui ou d’une communautรฉ humaine reposerait sur la libertรฉ dans son sens le plus รฉlevรฉ et le plus sacrรฉ.
Dรจs lors, les 35 heures, le concept de retraite deviendront dรฉpassรฉs, d’un autre temps. Nous sommes dans une pรฉriode de transition oรน le travail obligatoire deviendra source d’รฉpanouissement. Tout sera ร  rรฉinventer ร  mesure de l’รฉvolution. Il faut des prรฉcurseurs, des visionnaires, des philosophes (des vrais et non des produits mรฉdiatiques) pour anticiper et faire avancer les idรฉes avant de les voir mettre en pratique.
Le tout est de retrouver la sagesse originelle du service, dans le sens positif du terme, tel qu’il est rรฉvรฉlรฉ dans les ร‰vangiles, en particulier dans le message (parmi d’autres) des Noces de Cana, afin de le manifester aujourd’hui.

Au fil de son รฉvolution, l’humanitรฉ est passรฉe de l’รจre de la servilitรฉ (ou esclavage), ร  l’รจre du service ร  autrui. La nouvelle รฉconomie basรฉe sur la communication et le service, prรฉpondรฉrante ร  notre รฉpoque, en est le reflet extรฉrieur. Dans la contrainte par corps, l’homme รฉtait soumis, et dรฉpendant ร  un maรฎtre.
Aujourd’hui, dans les sociรฉtรฉs dรฉmocratiques, il est libre de corps, mais il n’est pas toujours libre d’esprit.
Lโ€™esclavage a รฉtรฉ aboli (physiquement) mais pas psychiquement. Dรจs qu’un individu dรฉpend de quelquโ€™un pour penser, pour aimer ou pour agir, il nโ€™est pas libre, il reste lโ€™esclave dโ€™une autre personne.

Dans le film Matrix, Morphรฉus dit ร  Nรฉo :
ยซย Bon nombre sont tellement inconscients et dรฉsespรฉrรฉment dรฉpendants du systรจme qu’ils vont jusqu’ร  se battre pour le protรฉgerยซย 8.
Nรฉo incarne le dรฉfi proposรฉ ร  l’รชtre humain d’aujourd’hui : celui de libรฉrer son esprit, en rรฉvรฉlant qui il est, en n’ayant de cesse que de se donner au monde, et de servir l’humanitรฉ en รฉvolution.
Le travail, issu de la crรฉativitรฉ se transforme librement en don de soi, ou service. L’acte de don est le rรฉsultat d’un effort et d’un sacrifice choisi librement par amour pour son idรฉal, car c’est ร  ce prix que la libertรฉ d’autrui est respectรฉe.
L’individu qui se rรฉvรจle et s’offre aux autres, se pose donc en prรฉcurseur de notre civilisation future, laquelle, succรฉdera ร  notre sociรฉtรฉ matรฉrialiste, qui est en train de mourir. C’est ร  mon sens, le dรฉfi actuel de l’humanitรฉ.

ยฉ Rosa Lise

Bibliographie

1) Nouveau dictionnaire รฉtymologique Marabout

2) Petit Larousse Illustrรฉ

3) Le Management du 3รจme millรฉnaire – Michel Saloff-Coste – Ed. Guy Trรฉdaniel

4) Revue l’Histoire – dossier spรฉcial : ยซย Mille ans de croissance รฉconomique.ย ยป De Venise ร  Silicon Valley – Janvier 2000

5) Le Monde Diplomatique – Avril 2000

6) Tรฉlรฉrama nยฐ2625 – 3 mai 2000

7) Le Monde Diplomatique – Mai 2000

8) Film ยซย Matrixย ยป – de Andy et Larry Wachowski (disponible en vidรฉo et DVD)


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