
L’archange Saint-Michel, chef des milices cรฉlestes, maintient sereinement en respect le dรฉmon ร lโaide de sa lance.
Cette image est un modรจle de ce que lโรชtre humain incarnรฉ est capable de rรฉaliser :
- rester digne (la lance verticale)
- en rรฉsistant ร ses diverses tentations (le dรฉmon)
- qui voudrait lโรฉcarter de la noble cause quโil est venu servir en sโincarnant terre (le visage paisible de Saint-Michel).
Rรฉsister aux tentations est un rรฉel dรฉfi. Cโest le dรฉfi de dire non aux dรฉsirs รฉgoรฏstes qui empรชchent dโentendre la voix du dรฉsir du cลur, cโest ร dire de lโรขme,
Le dรฉsir est en quรชte de plaisir. Aprรจs le plaisir, vient inรฉluctablement la souffrance ร cause du manqueโฆ En rรฉalitรฉ, il y a dรฉsir et dรฉsir. Dรฉsir de l’ego qui prend ? ou dรฉsir du cลur dรฉsintรฉressรฉ ?
Le dรฉsir รฉgoรฏste
Il existe trois issues possibles au dรฉsir รฉgoรฏste :
- La premiรจre issue possible du dรฉsir รฉgoรฏste est la satisfaction du dรฉsir par lโatteinte du plaisir qui remplit, anesthรฉsie, puis รฉteint le niveau de conscience, comme pour gommer ou compenser une souffrance.
Le plaisir a quelque chose dโรฉlevant, dโenivrant mais aussi dโillusoire. Paradoxalement, le plaisir donne lโillusion dโรฉlรฉvation, car il fait planer : on se sent lรฉger, รฉthรฉrรฉ. Cโest tel une rรฉminiscence du paradis perdu. Alors quโen rรฉalitรฉ, il sโagit dโune chute, puisque lโesprit sโengourdit et sโendort au lieu de se maintenir en รฉveil.
Le but illusoire du commun des mortels est le plaisir pour le plaisir (ou hรฉdonisme). Cโest un but รฉgoรฏste qui engendre la souffrance du manque ou de lโabsence de lโobjet dรฉsirรฉ. Seule la conscience du pourquoi dans le vรฉcu du plaisir permet de maintenir la conscience en รฉveil. Sans quoi la conscience sโรฉteint dans le plaisir. On croit que cโest une รฉlรฉvation alors que cโest une conscience de rรชve, enivrante, certes, mais de rรชve tout de mรชme. Cโest un paradis artificiel bien confortable et bien douillet : un mensonge en somme, car il nous รฉcarte de notre vrai but.
Cette attitude est omniprรฉsente dans notre sociรฉtรฉ, car elle fonctionne autour du culte du bonheur qui passe par le plaisir รฉgoรฏste, particuliรจrement chez les personnes qui croient que la vie nโa pas de sens. Dรฉnuรฉs de toute forme dโespรฉrance, leur leitmotiv est : ยซ ร quoi bon ? ยป. Ainsi, le matรฉrialisme bloque lโaspiration spirituelle que tout รชtre humain ร la base, porte pourtant en lui.
La chute rend indigne.
Les dรฉsirs รฉgoรฏstes, la quรชte du bonheur et des plaisirs, empรชchent de dรฉvelopper une รฉthique propre et les vertus qui en dรฉcoulent. Au final, le dรฉsir รฉgoรฏste nuit ร la fraternitรฉ. Cโest en cela quโun individu non vertueux est indigne de sa condition humaine : car la chute dans la facilitรฉ et lโannihilation de toute envie de faire des efforts ยซ gratuits ยป finit par rendre รฉgoรฏste, voire infra humain, en sombrant dans ses dรฉsirs instinctifs.
La chute, cโest la brรจche crรฉรฉe en soi quand l’รชtre est fatiguรฉ, ou quand il a des problรจmes sentimentaux, relationnels ou autres : cโest une compensation pour oublier cette souffranceโฆ Chuter amรจne ร oublier sa propre aspiration et sa quรชte de sens. Chuter en cรฉdant ร la facilitรฉ, cโest comme une douce glissadeโฆ ร peine perceptible mais tellement rรฉelle. Chuter, cโest faire chuter sa conscience avec le dragon en moi qui nous tente, et nous attire subtilement dans les tรฉnรจbres.
A cela peut sโajouter la honte et le dรฉnigrement de soi-mรชme. Alors, on se ยซ fait avoir ยป doublement : car on se renie deux fois, par la chute, puis par la honte (due ร la culpabilitรฉ).
Accepter de se pardonner, cโest essentiel pour retrouver sa dignitรฉ, pour se sentir ร nouveau propre, lavรฉ de ses ยซ fautes ยป. Cโest seulement ร ce prix que l’on peut retrouver ses forces.
L’ange vient alors souffler ร lโoreille ceci :
ยซ Le pardon de lโรขme, du Christ est immanent. Nโoublies jamais cela. ยป
- La seconde issue possible du dรฉsir รฉgoรฏste est la non satisfaction du dรฉsir. Soit parce quโil nโest pas accessible matรฉriellement, soit parce qu’on se lโauto interdis : ยซ il ne faut pas ยป ou ยซ je ne peux pas ยป. Cโest une soumission ร une forme dโautoritรฉ, en aucun cas un choix issu dโune motivation profonde. Cโest un choix qui vient de la tรชte et non du cลur.
Finalement, il sโagit alors dโune fausse rรฉsistance ร ses dรฉsirs. Cette deuxiรจme issue est toute aussi fausse et tout aussi trompeuse que la premiรจre.
Car dans ce cas, lโabsence de plaisir tant recherchรฉ ou attendu gรฉnรจre une frustration accrue. En rรฉalitรฉ, dans notre sociรฉtรฉ consumรฉriste oรน tout est permis, ceux qui ne peuvent satisfaire leurs dรฉsirs se nourrissent de haine, de jalousie et de colรจre, ce qui procure des effets destructeurs pour soi comme pour autrui, et pour la sociรฉtรฉ en gรฉnรฉral, par exemple ร travers la montรฉe de la violence. - La troisiรจme issue du dรฉsir รฉgoรฏste, moins courante, est de rรฉsister aux dรฉsirs par amour pour un but, ou une cause du cลur. Lโimage de Saint-Michel terrassant le dragon reprรฉsente cette troisiรจme voie.
Se relever de sa chute pour retrouver sa dignitรฉ.
Ne pas voir ses erreurs, ou le mal : cโest mal. Ne voir que ses erreurs et oublier ses victoires, cโest mal aussi, car elles servent aussi ร se souvenir que l’รชtre humain la force de relever ses dรฉfis. C’est sa nature ! Dans les deux cas on est indigne de son parcours de chevalier.
Au lieu de se battre, contre de moulins ร vent comme Don Quichotte, cโest ร dire pour de fausses causes, il s’agit de donner aux autres ce qu’il y a de plus pur en soi, mais ร qui ? et pour quelle cause ?
Quand l’รชtre se relรจve, le souvenir de lโexpรฉrience de ses travers et ses leรงons apprises rendent plus fort, car davantage en terrain connu dans le monde des illusions. Alors, tel Perceval, le chevalier nโerre plus dans la forรชt. Il apprend ร en dรฉjouer les piรจges, ร y relever ses dรฉfis, ร passer les รฉpreuves, afin de trouver la lumiรจre qui se cache derriรจre ses dรฉsirs รฉgoรฏstes, et de sโen servir pour rรฉpondre au dรฉsir de son cลur.
Plus la motivation est forte, plus la dignitรฉ aide ร le chevalier ร se relever pour sโรฉlever, devenir noble de cลur, et agis selon son le vลu de son รขme.
Rรฉsister aux dรฉsirs รฉgoรฏstes
Vouloir rรฉsister ร ces dรฉsirs qui font chuter, cela semble รชtre un non-sens dans notre sociรฉtรฉ qui prรดne lโhรฉdonisme par le plaisir des cinq sens et le culte du bonheur matรฉriel. Le monde actuel nous invite sans cesse ร cรฉder ร nos dรฉsirs : ยซ il nโy a pas de mal ร se faire du bien ยป. Mensonge souvent prononcรฉ pour se donner bonne conscience et gommer la souffrance de la honte coupable.
Parmi les dรฉsirs รฉgoรฏstes, il existe les dรฉsirs matรฉrialistes mais aussi dโautres dรฉsirs plus subtils et plus faciles aussi. Paradoxalement, il semble bien plus difficile de rรฉsister aux dรฉsirs qui amรจnent facilement le plaisir, et qui permettent de compenser ou dโรฉtouffer le cri dโune souffrance intรฉrieure due ร un manque.
Les dรฉsirs faciles sont tous ceux qui peuvent plonger dans le mensonge du faux monde divin: par lโalcool, la drogue, le sexe, le monde virtuel etc.
Rรฉsister ร ces dรฉsirs faciles qui font baisser le niveau de conscience, cโest un choix du cลur, et non pas parce que ยซ il faut ยป ou ยซ il ne faut pas ยป, ce qui serait de lโobligation ou de lโautoritรฉ.
Rรฉsister aux dรฉsirs faciles, cela se fait progressivement, pour grandir et se raffermir intรฉrieurement avec sรฉrรฉnitรฉ et endurance.
Bien entendu, on ne peut effacer dโun coup de baguette magique toute une vie basรฉe sur la satisfaction de ses dรฉsirs รฉgoรฏstes. Il semble prรฉsomptueux de croire pouvoir subitement rรฉsister ร tout. Vouloir rรฉsister totalement et dรจs maintenant serait une illusion qui ne ferait quโengendrer de la frustration et qui ne serait pas tenable dans le temps, sauf peut-รชtre pour les ascรจtes ou les ermites !
Seule lโautodiscipline, lโentraรฎnement rรฉgulier du chevalier et une forte motivation, claire et consciente peuvent donner la force de rรฉsister et de tenir dans le temps. La rรฉgularitรฉ permet de tenir lโengagement, cela aide ร trouver la force et ร se souvenir de sa motivation pour rรฉsister.
Rรฉsister ร un dรฉsir รฉgoรฏste, cโest une petite victoire qui est payante, car ร chaque fois, cโest comme si l’รชtre recevait une pierre prรฉcieuse. A chaque effort fait pour rรฉsister, c’est une pierre prรฉcieuse vient sโajouter dans le coffre ร trรฉsors.
Parfois, par grรขce divine, un joyau vient sโajouter dans ce coffre, tel une rรฉcompense, un encouragement ร persรฉvรฉrer.
Ainsi, mรชme si l’รชtre s’รฉloigne parfois trรจs loin de sa nature divine, mรชme s’il erre longtemps dans la forรชt ร jouer avec ses fantรดmes, mรชme quand il se perd, l’ange rรฉpond toujours prรฉsent et ce malgrรฉ son indiscipline C’est une grรขce qui est offerte ร chaque fois, comme pour se rappeler qu’on est toujours protรฉgรฉ, quoi quโil arrive, tel le bouclier du chevalier, symbolisant sa foi qui le protรจge.
Pour conclure, rรฉsister ร ses dรฉsirs รฉgoรฏstes donne envie de faire des efforts pour progresser et devenir meilleur. Lโindividu en quรชte de sens sโamรฉliore en dรฉveloppant des vertus, amenant la fraternitรฉ ร lโimage du Christ. La vertu la plus รฉlevรฉe est sans doute, celle de la compassion.
Rรฉsister aux dรฉsirs permet dโutiliser lโรฉnergie qui รฉtait mise dans la satisfaction des dรฉsirs รฉgoรฏstes pour servir ร la place une noble cause, chรจre ร son cลur.
En rรฉsistant au dรฉsir pour servir une noble cause, le plaisir devient alors tout autre : tel le chevalier, dans la victoire dโavoir su rรฉsister, la victoire ouvre le cลur et fait ressentir la paix et la sรฉrรฉnitรฉ, que lโon perรงoit aussi en contemplant le visage de Saint-Michel, terrassant le dragon.
Comment ne pas rechuter pour rester digne ?
A lโimage de lโange dรฉchu, plus on sombre dans les dรฉsirs qui amรจnent facilement un plaisir temporaire, plus les forces pour se ressaisir diminuent, comme si celle-ci รฉtaient pompรฉes, accaparรฉes, volรฉes par Dieu sait qui ! Dieu seul le sait en effetโฆ
Cela peut devenir une sorte de spirale infernale, un trou noir sans fond au point de ne plus trouver la force de rรฉsister aux dรฉsirs รฉgoรฏstes et ร la facilitรฉ. Pourtant, vu de lโextรฉrieur, pour les autres, cela semble aussi si facile de dire STOP. Mais cโest plus difficile ร faire concrรจtement, comme on รฉtait sous lโemprise dโun ยซautre ยป qui nous maintient sous son joug. Dans cet enlisement, seul face ร soi-mรชme et dans son propre nรฉant, seul un fil tรฉnu de conscience et de foi, ainsi que la priรจre ร lโange pour implorer son aide et sa divine protection peuvent permettre de ne pas sombrer totalement dans lโoubli de sa quรชte et de ce que l’on est vรฉritablement en tant quโรชtre divin incarnรฉ.
Cโest pourquoi lโimage de Saint-Michel terrassant le dragon nโest pas virtuelle, elle est bien rรฉelle : la contempler lui donne vie en soi, pour s’en souvenir, lโintรฉgrer en soi avec force, pour protรฉger ce quโil y a de plus pur en soi, et aider ร maintenir le monstre en respect ร lโaide de la lance. Le monstre, cโest le dragon, ce vampire qui veut absorber notre รฉnergie, qui en veut encore et toujours plus, en nourrissant nos illusions et nos dรฉsirs, en nous procurant un paradis artificiel. La lance, dans sa symbolique, aide ร tenir la conscience en รฉveil, ร trouver la force et la juste mesure, pour rester maรฎtre de la situation et du jeu.
Faire de la place ร la vraie lumiรจre, la lumiรจre spirituelle, telle est la noble cause.
Le dรฉsir du cลur
La gratitude est la mรฉmoire du cลur
Le dรฉsir du cลur conscient ou non de tout รชtre humain est d’exprimer le vลu de son รขme. Cโest dโailleurs ce quโil cherche quand il cherche son รขme-sลur.
Dโailleurs, le plaisir, lโextase mystique que lโon peut connaรฎtre dans sa pratique spirituelle nโest en aucun cas un but mais une consรฉquence. Rare est le plaisir divin pour le commun des mortels. A en lire les รฉcrits des mystiques, quand il se produit, il engendre une รฉlรฉvation de la conscience, si celle-ci peut-รชtre maintenue, au moyen de la concentration, ou prรฉsence en esprit. Cela demande une volontรฉ ferme et consciente, une sorte dโรฉveil mรชme, tel que vรฉcu lors les extases mystiques. Cโest le plaisir qui รฉlรจve vers Dieu, qui amรจne une รฉlรฉvation de lโรขme accompagnรฉ un sentiment dโhumilitรฉ, de gratitude et de complรฉtude.
Ainsi lโextase mystique reprรฉsente le plaisir poussรฉ au paroxysme, ร travers le plaisir divin. Bien entendu, ceux qui vivent ce type de plaisir divin reรงoivent cette grรขce justement parce quโil nโest pas issu dโun dรฉsir. Ce plaisir nโest quโune consรฉquence dโun travail ou dโune intention spirituelle dรฉsintรฉressรฉe, pure, dรฉpourvue de tout รฉgoรฏsme, rรฉsultant dโun amour inclusif. Parfois ce plaisir divin est offert tel une grรขce divine, comme une rรฉcompense ou un encouragement ร poursuivre son chemin et ses efforts.
La Noblesse du cลur
L’รชtre se sent indigne quand il se laisse happer par ses dรฉsirs รฉgoรฏstes, car il sert son ego.
Il se sent digne quand il rรฉsiste par amour aux dรฉsirs faciles : il sert alors son รขme.
Chaque petit pas qui est fait, pour rรฉsister ร un dรฉsir รฉgoรฏste facile ร obtenir et qui aurait fait chuter le niveau de conscience, est un pas de plus vers son รขme. Mais ce nโest pas encore la servir.
La servir, cโest utiliser concrรจtement pour elle cette รฉnergie non mise dans lโaccomplissement dโun dรฉsir รฉgoรฏste, afin de servir une noble cause, altruiste, qui dรฉpasse, en donnant de soi-mรชme.
C’est exprimer ce quโest la noblesse en soi quand l’รชtre incarne et manifeste les qualitรฉs de son รขme, gagnรฉes de haute lutte.
A propos de la noblesse, est noble le chevalier qui au terme de sa quรชte a rรฉalisรฉ le Soi, tel Perceval en recevant le Saint Graal.
ยฉ Rosa Lise