VisitationMariotto Albertinelli
Visitation
Mariotto Albertinelli

Elle chante. Dans le jardin de Zacharie,
Droite au milieu des lis quโ€™elle รฉgale en splendeur,
Pour rรฉpondre au salut dโ€™ร‰lisabeth, Marie
En un cantique ardent laisse รฉclater son coeur.

Elle semble un roseau quโ€™embellit la tempรชte.
Le souffle surhumain qui, sous lโ€™ancienne Loi,
Fit tonner ou gรฉmir le verbe des Prophรจtes
Sโ€™est abattu sur Elle et parle par sa voix.

Fille du Roi-Poรจte, elle observe la rรจgle
ร€ laquelle obรฉit le rythme des Hรฉbreux ;
Colombe, elle sโ€™รฉlance ร  la suite des aigles,
Et son vol virginal lโ€™emporte plus haut quโ€™eux.

Toute humaine beautรฉ devant toi sโ€™humilie,
Pur chant dโ€™amour jailli dโ€™un sein qui porte Dieu.
Et dont chaque verset, pareil au char dโ€™ร‰lie,
Sโ€™รฉlance vers le ciel en un essor de feu.

Elle chante. Un figuier sur son beau front se voรปte.
Cโ€™est par un jour brรปlant oรน le ciel est profond.
ร‰lisabeth se tait, et Zacharie รฉcoute
De tout son รชtre ainsi que les aveugles font.

Cependant, invisible ร  la Vierge elle-mรชme,
Au-dessus des grands lis quโ€™effleure son orteil
Un Chรฉrubin accorde aux strophes du poรจme
Son luth รฉblouissant dressรฉ dans le soleil.

Louis Mercier