Si tu le veux, tu peux

Mon tendre maรฎtre, tu es bien l’ami vรฉritable ! ร‰tant tout-puissant, ce que tu veux, tu le peux. Et jamais tu ne manques de vouloir, envers ceux qui t’aiment. Que tout ce qui est ici-bas te loue, Seigneur ! Comment faire retentir ma voix dans tout l’univers, pour annoncer combien tu es fidรจle ร  tes amis ? Toutes les crรฉatures peuvent nous manquer : toi qui en es le maรฎtre, tu ne nous manques jamais.

Que tu laisses souffrir peu de temps ceux qui t’aiment ! ร” mon maรฎtre, quelle dรฉlicatesse, quelle attention, quelle tendresse tu montres envers eux ! Oui, heureux celui qui n’a jamais rien aimรฉ hors de toi ! Il est vrai, tu traites tes amis avec rigueur, mais c’est, je crois, pour mieux faire รฉclater dans l’excรจs de la souffrance, l’excรจs plus grand encore de ton amour. Mon Dieu, que n’ai-je de l’intelligence, du talent, que n’ai-je un langage nouveau, pour parler de tes ล“uvres telles que mon รขme les conรงoit ! Tout me fait dรฉfaut, mon Seigneur. Mais pourvu que tu ne m’abandonnes pas, moi je ne t’abandonnerai jamais…

Je sais par expรฉrience avec quels avantages tu fais sortir de l’รฉpreuve ceux qui ne mettent qu’en toi leur confiance. Tandis que j’รฉtais dans [une] affliction amรจre…, ces seules paroles que j’ai entendues… ont suffi pour dissiper ma peine et me mettre dans une tranquillitรฉ parfaite : ยซ Ne crains rien, ma fille ; c’est moi, je ne t’abandonnerai pas. Ne crains rien ยป… Et voici qu’ร  ces seules paroles, le calme se fait en moi, je me trouve forte, courageuse, rassurรฉe ; je sens renaรฎtre la paix et la lumiรจre. En un instant mon รขme est transformรฉe.

Sainte Thรฉrรจse d’Avila (1515-1582), carmรฉlite, docteur de l’ร‰glise
Vie รฉcrite par elle-mรชme, ch. 25 (trad. OC, Cerf 1995, p. 189 rev.)


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