Eh bien, la grande erreur de notre temps a รฉtรฉ de pencher, je dis plus ; de courber l’esprit des hommes vers la recherche du bien-รชtre matรฉriel, et de les dรฉtourner par consรฉquent du bien-รชtre religieux et du bien-รชtre intellectuel.
La faute est d’autant plus grande que le bien-รชtre matรฉriel, quoi qu’on fasse, quand mรชme tous les progrรจs qu’on rรชve et que je rรชve aussi, moi, seraient rรฉalisรฉs, le bien-รชtre matรฉriel ne peut et ne pourra jamais รชtre que le partage de quelques-uns, tandis que le bien-รชtre religieux, c’est-ร -dire la croyance, le bien รชtre intellectuel, c’est-ร -dire l’รฉducation, peuvent รชtre donnรฉs a tous.
D’ailleurs le bien-รชtre matรฉriel ne pourrait รชtre le but suprรชme de l’homme en ce monde qu’autant qu’autant qu’il n’y aurait pas d’autres vies et c’est lร une affirmation dรฉsolante, c’est lร un mensonge affreux qui ne doit pas sortir des institutions sociales.
Il importe, messieurs, de remรฉdier au mal, il faut redresser, pour ainsi dire, l’esprit de l’homme ; il faut, et c’est ร la grande mission spรฉciale du ministรจre de l’instruction publique, il faut relever l’esprit de l’homme, le tourner vers Dieu, vers la conscience, vers le beau, vers le juste et le vrai, vers le dรฉsintรฉressรฉ et le grand.
C’est lร ; et seulement lร , que vous trouverez la paix de l’homme avec lui-mรชme, et par consรฉquent la paix de l’homme avec la sociรฉtรฉ.
Victor Hugo
Discours ร l’Assemblรฉe nationale
Sรฉance du 11 novembre 1848
