Heureux commencement du monde nouveau

« Vous êtes ressuscités avec le Christ ; recherchez donc les réalités d’en-haut » (Col 3,1)

Le Christ est ressuscité d’entre les morts : levez-vous, vous aussi… Jour de résurrection, heureux commencement du monde nouveau ! Célébrons dans la joie cette fête : donnons-nous le baiser de paix ! Hier, on immolait l’agneau…, l’Égypte pleurait ses premiers-nés…, mais un sang précieux nous protégeait ; aujourd’hui, nous avons définitivement fui l’Égypte et le Pharaon, ce tyran cruel… Nous avons été délivrés de notre servitude, et personne ne peut nous empêcher de célébrer, en l’honneur de notre Dieu, la fête de notre Exode, et de célébrer notre Pâque « non pas avec du vieux levain…, mais avec des pains sans levain : la droiture et la vérité »…

Hier, j’étais crucifié avec le Christ ; aujourd’hui, je suis glorifié avec lui. Hier, j’étais mort avec lui ; aujourd’hui, je revis avec lui. Hier, j’étais enseveli avec le Christ ; aujourd’hui, je ressuscite avec lui… Portons donc nos offrandes à celui qui a souffert et qui est ressuscité pour nous…; offrons-nous nous-mêmes : ce sont là les biens les plus chers à Dieu et les plus proches de lui. À l’image de Dieu qui est en nous, rendons l’éclat qui convient à cette image, reconnaissons notre dignité, honorons notre modèle. Comprenons la puissance de ce mystère et pourquoi le Christ est mort. Rendons-nous semblables au Christ, puisqu’il s’est rendu semblable à nous ; devenons Dieu par lui, puisqu’il s’est fait homme à cause de nous.

Il a pris le pire pour nous donner le meilleur ; il s’est fait pauvre pour nous enrichir par sa pauvreté ; il a assumé la condition de l’esclave pour nous procurer la liberté ; il s’est abaissé pour nous élever ; il a voulu connaître l’épreuve pour nous donner de vaincre ; il a été méprisé pour nous glorifier ; il est mort pour nous sauver ; il est monté au ciel pour attirer à lui ceux qui gisaient dans le péché. Donnons tout, offrons tout ce que nous sommes à celui qui s’est donné comme rançon pour nous. Conscients du mystère de Pâques, nous ne pouvons faire mieux que de nous offrir nous-mêmes en devenant pour le Christ tout ce qu’il est devenu pour nous.

(Références bibliques : Ex 12 ; Ex 5,2 ; 1Co 5,8 ; Gn 1,26 ; 2Co 8,9 ; Ph 2,7)

Saint Grégoire de Nazianze (330-390), évêque et docteur de l’Église
Sermons 45, 2; et 1, 3-5; PG 36, 623; 35, 395 (trad. cf Orval)

Voir la Sainte Face du Christ

Or ce sont nos souffrances qu’il portait, nos douleurs dont il était chargé. (Isaïe 53, 4)

Sur le visage de la Sainte Face du Christ vient se dessiner le visage de la souffrance de tant d’hommes, de femmes, de tant de martyrs.
Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus et de la Sainte-Face a découvert peu à peu pourquoi elle portait ce nom de la Sainte-Face. Elle a d’abord contemplé la Sainte Face du Christ, elle l’a regardée, aimée. Un jour, sur ce visage de la Sainte Face, elle a vu se dessiner la sainte face de son père : lorsqu’il avait perdu la raison, qu’il n’était plus maître de lui-même, lorsque dans l’atteinte de sa vieillesse il n’avait plus conscience de lui-même. Sur son visage se dessinait le visage de la Sainte Face du Christ, comme elle se dessine pour nous sur le visage de tant d’hommes bafoués, humiliés, de tant d’hommes et de femmes sur les lits d’hôpitaux, enfermés dans la souffrance.
Oui, Seigneur, en ce Vendredi Saint tu es venu rejoindre la douleur et la sainte face de tous les hommes malades, bafoués, rejetés, meurtris, torturés. Ces visages se superposent sur celui de ta Sainte Face. En te regardant sur la Croix, Seigneur, je sais que ce sont nos souffrances que tu portais, nos douleurs dont tu étais chargé. Tu es venu les prendre sur toi pour nous sauver, pour qu’en toi nous trouvions la guérison et que nos fautes soient pardonnées. En ce jour du Vendredi Saint, tu nous montres, tu nous prouves que tu nous aimes jusqu’à l’extrême (Jn 13,1).

Mgr Jérôme Beau

Jésus, pain consacré

 

Entre tous les souvenirs du Christ les plus dignes d’être rappelés, se place évidemment ce repas final de la très sainte Cène, où non seulement l’agneau pascal est donné à manger mais où l’Agneau immaculé, qui efface les péchés du monde, est lui-même offert en nourriture sous l’espèce d’un pain « renfermant toutes les délices et la suavité de toutes les saveurs » (cf. Sg 16,20).

En ce festin, la douceur de la bonté du Christ brille admirable : il soupe à la même table et au même plat, avec ces petits pauvres, ses disciples, et Judas, le traître.

Un admirable exemple d’humilité y resplendit lorsque le Roi de gloire, ceint d’un linge, lave avec beaucoup de soin les pieds de ces pêcheurs et même de celui qui le trahit.

Admirable aussi la générosité de sa magnificence lorsqu’il donne son Corps très saint en nourriture et son Sang véritable en breuvage à ses premiers prêtres et par suite à toute l’Église et au monde entier, afin que ce qui allait bientôt devenir un sacrifice agréable à Dieu et le prix inestimable de notre rédemption soit notre viatique et notre soutien.

Enfin l’admirable excès de son amour y brille plus que tout dans cette tendre exhortation que, « aimant les siens jusqu’au bout » (Jn 13,1), il leur adresse pour les affermir dans le bien, avertissant spécialement Pierre pour fortifier sa foi et offrant sa poitrine à Jean pour un suave et saint repos.

Que toutes ces choses sont donc admirables et remplies de douceur ! Du moins pour l’âme appelée à un repas aussi excellent et qui accourt de toute l’ardeur de son esprit, de façon à pouvoir jeter ce cri du prophète : « Comme le cerf aspire aux fontaines d’eau, ainsi mon âme soupire vers vous, ô mon Dieu ! » (Ps 41,2)

Saint Bonaventure (1221-1274), franciscain, docteur de l’Église
L’Arbre de Vie, §16 (Œuvres spirituelles, t.III, Sté S. François d’Assise, Paris, 1932, pp. 81-82, rev.).

Acceptez que le Christ soit à genoux

Simon-Pierre lui dit : « Toi Seigneur, me laver les pieds ? »
Jésus répond : « Ce que je fais tu ne peux pas le savoir à présent mais par la suite tu comprendras. »
Pierre lui dit : « Me laver les pieds à moi, jamais ! »
– Jésus lui répondit : « Si je ne te lave pas les pieds, tu ne peux pas avoir part avec moi.
(Jean 13, 6-8)

Acceptons que le Christ nous lave les pieds, de nous laisser aimer, porter : acceptons d’être faibles. Quel mystère de voir notre Maître et Seigneur à genoux devant nous dans la position de l’esclave en train de nous laver les pieds… Il nous faut accepter alors de faire pour les autres ce que le Christ Jésus a fait pour nous (cf. Jn 13,14-15).
Accepter de faire les uns pour les autres ce geste du service. L’homme n’est pas fait pour dominer, écraser, mais pour aimer, relever.
Lorsque nous décidons d’aimer, lorsque que nous sommes engagés dans une relation d’amour ou d’amitié, il ne faut pas chercher à capter l’autre pour être comblé par lui. Il ne faut pas chercher à le dominer pour qu’il devienne ce que nous aimerions qu’il soit « pour moi », mais simplement aimer de cet amour qui soulève, porte, qui donne à l’homme d’être élevé comme le Christ a été élevé sur le trône de la Croix pour entrer dans la royauté du Seigneur, la royauté de l’amour par la puissance de la vie, par la puissance du Père. En le ressuscitant, il nous appelle à la Résurrection

Mgr Jérôme Beau

La maison fut remplie par l’odeur du parfum

« L’arôme de tes parfums est exquis » lit-on dans le Cantique des Cantiques (1,3). J’en distingue plusieurs espèces… Il y a le parfum de la contrition, et celui de la piété ; il y a aussi celui de la compassion… Il y a donc un premier parfum que l’âme compose à son propre usage lorsque, prise au filet de nombreuses fautes, elle commence à réfléchir sur son passé. Elle rassemble alors dans le mortier de sa conscience, pour les agglomérer et les broyer, les multiples péchés qu’elle a commis ; et dans la marmite de son cœur brûlant, elle les fait cuire au feu de la pénitence et de la douleur… Tel est le parfum dont l’âme pécheresse doit couvrir les débuts de sa conversion et oindre ses plaies récentes ; car le premier sacrifice qu’il faut offrir à Dieu, c’est celui d’un cœur repentant. Tant que l’âme, pauvre et misérable, ne possède pas de quoi composer un onguent plus précieux, elle ne doit pas négliger de préparer celui-là, même s’il se fait avec des matières bien viles. Dieu ne méprisera pas un cœur qui s’humilie dans la contrition (Ps 50,19)…

Ce parfum invisible et spirituel ne pourra pas d’ailleurs nous sembler vulgaire, si nous comprenons qu’il est symbolisé par le parfum que, selon l’Évangile, la pécheresse a répandu sur les pieds du Seigneur. Nous lisons, en effet, que « toute la maison fut remplie de cette odeur »… Souvenons-nous du parfum qui envahit toute l’Église par la conversion d’un seul pécheur ; tout pénitent qui se repent devient pour une foule d’autres une odeur de vie qui les éveille à la vie. L’arôme de la pénitence monte jusqu’aux demeures célestes puisque, selon l’Écriture, « le repentir d’un seul pécheur est une grande joie pour les anges de Dieu » (Lc 15,10).

Saint Bernard (1091-1153), moine cistercien et docteur de l’Église
10ème sermon sur le Cantique des Cantiques, 4-6 (trad. Beguin, Seuil 1953, p. 152 rev)

La puissance du repentir

Quand le Seigneur a déclaré : « En vérité, je vous le dis, l’un de vous va me livrer », il a démontré qu’il pénétrait la conscience de celui qui devait le trahir. Il n’a pas déjoué le malfaiteur par des reproches sévères et publics, mais il cherchait à l’atteindre par un avertissement tendre et voilé : ainsi le repentir pourrait mieux redresser celui qu’aucun interdit n’avait destitué.

Pourquoi, malheureux Judas, ne profites-tu pas de tant de bonté ? Vois, le Seigneur est tout prêt à pardonner ta démarche, le Christ ne te dénonce à personne, sauf à toi-même. Ni ton nom, ni ta personne ne sont indiqués mais par cette parole de vérité et de miséricorde, seul le secret de ton cœur est touché. Ni l’honneur de ton titre d’apôtre, ni la participation au sacrement ne te sont refusés. Retourne en arrière, abandonne ta folie et repens-toi. La douceur t’invite, le salut t’incite, la Vie te rappelle. Vois, tes compagnons qui sont purs et sans péché s’épouvantent à l’annonce du crime, et comme l’auteur d’une tel mal n’a pas été dévoilé, chacun craint pour soi. Ils sont plongés dans la tristesse, non parce que leur conscience les accuse, mais parce que l’inconstance humaine les inquiète : ils redoutent que ce que chacun sait de soi-même soit moins vrai que ce que la Vérité en personne voit à l’avance. Et toi, au milieu de cette angoisse des saints, tu abuses de la patience du Seigneur, tu crois que ton audace te cache..

Saint Léon le Grand (?-v. 461), pape et docteur de l’Église
Sermon 58, 7ème sur la Passion, § 3-4 ; SC 74 bis

Espérance du monde

Aujourd’hui, dans la nuit du monde et dans l’espérance,
j’affirme ma foi dans l’avenir de l’humanité.

Je refuse de croire que les circonstances actuelles
rendent les hommes incapables de faire une terre meilleure.

Je refuse de partager l’avis de ceux qui prétendent l’homme à ce point captif de la nuit
que l’aurore de la paix et de la fraternité ne pourra jamais devenir une réalité.

Je crois que la vérité et l’amour, sans conditions,
auront le dernier mot effectivement.

La vie, même vaincue provisoirement,
demeure toujours plus forte que la mort.

Je crois fermement qu’il reste l’espoir d’un matin radieux,
je crois que la bonté pacifique deviendra un jour la loi.

Chaque homme pourra s’asseoir sous son figuier, dans sa vigne,
et plus personne n’aura plus de raison d’avoir peur.

Martin Luther King

Jésus Tu es le Fils de Dieu

Jésus Tu es le Fils de Dieu
Merci pour ton amour immense
Merci d’avoir ouvert tes bras sur la croix pour moi
Ouvre mes yeux pour accueillir ton regard
Je dépose ma vie devant toi
Merci de porter sur la croix mon péché,
Merci de porter sur la croix ma souffrance,
Merci de porter sur la croix mon humiliation
Merci d’y déposer ton amour, ton pardon et ton salut
Ta croix est ma lumière
Ta croix est mon espérance
Ta croix est mon trésor
Jésus tu es le Fils de Dieu

Père Luc PIALOUX

Le grain tombé en terre

« Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » (Jn 15,13)

Votre foi reconnaît quel est ce grain de blé tombé en terre et qui y meurt avant de porter beaucoup de fruit ; il habite en votre âme ; aucun chrétien ne doute que le Christ n’ait parlé de lui-même… Écoutez-moi, grains de blé sacrés qui sont ici, je n’en ai aucun doute…, ou plutôt écoutez par moi le premier grain de blé, qui vous dit : n’aimez pas votre vie en ce monde ; ne l’aimez pas si vous l’aimez vraiment, car c’est en ne l’aimant pas que vous la sauverez… « Celui qui aime sa vie en ce monde la perdra. »

C’est le grain tombé en terre qui parle ainsi, celui qui est mort pour porter beaucoup de fruit. Écoutez-le, parce que ce qu’il dit, il l’a fait. Il nous instruit, et il nous montre le chemin par son exemple. Le Christ, en effet, n’a pas revendiqué sa vie en ce monde — il est venu pour la perdre, la livrer pour nous, et pour la reprendre quand il le voulait… : « J’ai le pouvoir de donner ma vie, et le pouvoir de la reprendre. Personne ne me l’enlève mais c’est moi qui la donne » (Jn 10,18).

Alors comment, avec une telle puissance divine, a-t-il pu dire : « Maintenant, mon âme est troublée » ? Comment, avec une telle puissance, cet Homme-Dieu est-il troublé, sinon qu’il porte l’image de notre faiblesse ? Quand il dit : « J’ai le pouvoir de donner ma vie, et le pouvoir de la reprendre », le Christ se montre tel qu’il est en lui-même. Mais quand il est troublé à l’approche de la mort, le Christ se montre tel qu’il est en toi.

Saint Augustin (354-430), évêque d’Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l’Église
Sermon 305, 4e pour la fête de saint Laurent

Espérer

Espérer, c’est quelque chose de très concret. C’est croire que Dieu nous rend capables de poser des actes éternels. Ce sont bien sûr les actes d’amour. Ce sont eux qui construisent, dans notre monde déjà, l’éternité, le Royaume de Dieu

La vie éternelle permet de prendre notre monde au sérieux. En le regardant pour ce qu’il est. En donnant à chacun sa juste place, son juste poids.

Espérer, ce n’est pas se mentir ou se voiler la face, mais croire que l’amour est plus solide que le reste. Parce que, contrairement à nos ambitions, nos richesses, nos conflits, tout ce qui nous distrait trop souvent de l’essentiel, l’amour a les promesses d’éternité.

Quand le monde qui nous entoure nous fait peur, l’espérance chrétienne ne nous invite pas à attendre que Dieu détruise ce monde-là pour en construire un autre. Elle nous pose une question très simple : comment faire de tout cela une occasion d’aimer davantage ?

Veilleur, où en est la nuit, Adrien Candiard, Eds Cerf